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La décentralisation
Le jeudi 5 juin 2003 par Philippe SICLET
Droit de réponse aux ASH

En plein mouvement social, entre autre, contre le décentralisation des services sociaux de l’Education Nationale, les Actualités Sociales Hebdomadaires ont publié un article concernant nos services à partir du rapport de Mayse Esterle-Hedibel, sociologue au Centre de recherches sociologiques sur les déviances et les institutions pénales (Cesdip)/CNRS. De nombreux collègues, à partir de l’article, ont ressenti une remise en question de leur positionnement professionnel et institutionnel. Plus particulièrement la conclusion de l’article des ASH qui utilisait notre lutte contre la décentralisation comme une justification d’un corporatisme et d’une incapacité de travailler avec d’autres partenaires, a soulevé de nombreuses protestations et a amené nos collègues à demander un droit de réponse, tout en respectant le travail de recherche et la nécessité de l’indépendance de l’information, nous ne pouvons cependant sans cesse laisser dénigrer notre profession.

Stupéfaction, et le mot est faible, à la lecture de l’article intitulé « le service social scolaire sur la défensive ?  » paru dans le numéro des ASH du 30 mai dernier.

Nous, assistants sociaux scolaires, ne pouvons que nous inscrire en faux face à un tel tissu de sous-analyses et de calomnies. L’interprétation que l’article met en avant nous semble plus que réductrice et, en rien, ne reflète la réalité de terrain. Par ailleurs, l’amalgame avec le mouvement actuel de protestation, en opposition au projet de transfert de personnels aux collectivités territoriales relève d’un non sens tout à fait dangereux.

En revanche, il est exact qu’il reste énormément à faire, à construire, en matière de lutte contre la déscolarisation. Si le chantier est gigantesque, d’ores et déjà l’approche professionnelle (nous la revendiquons, au risque de vous paraître archaïques et corporatifs) des assistants sociaux scolaires est fondamentale. Depuis de nombreuses années, nous déplorons que notre place reste malheureusement insuffisante. Ce n’est pas la faute des assistants sociaux eux-mêmes mais bien celle des orientations politiques sourdes à chaque fois que nous réclamons au Ministère de l’Education nationale une véritable politique sociale de prévention.

Le service social scolaire est un service social sinistré : de nombreux rapports se sont succédés pour le dénoncer. Alors, même si depuis quelques années nous bénéficions enfin de quelques créations de postes, compte tenu de l’état de pénurie, ces créations sont le plus souvent ressenties comme des améliorations à doses homéopathiques. A noter, il y a encore des collègues qui ont des secteurs d’intervention de 5 à 6 établissements (voire davantage) ! Face à ce phénomène, plutôt que d’interpeller directement les choix de la politique du Ministère de l’Education nationale, certains chefs d’établissements, ceux là mêmes d’ailleurs qui sont farouchement opposés au secret professionnel, certains conseils généraux… voire certaines orientations ministérielles sont parvenus à faire appel à des personnels sans qualification particulière et sur des missions qui ressemblent étrangement à celles des assistants sociaux scolaires. S’agit-il de "protectionnisme corporatif" que de refuser un travail social relevant simplement de bonnes intentions ou du "bon cœur", que de revendiquer des emplois qualifiés avec de réelles compétences professionnelles qu’on acquiert au cours de 3 ans d’études par exemple, que de revendiquer le respect de l’individu et de sa vie privée… ?

Sur le terrain, nombreuses sont les assistantes sociales scolaires qui récupèrent, en fin de parcours, des jeunes en position délicate, du fait de ces interventions. Sans compter que nous n’avons eu de cesse de dénoncer une tendance à médicaliser, psychologiser ou judiciariser les problèmes sociaux des jeunes. C’est d’ailleurs ce qui nous a amener il y a un an à lancer un appel, plus que jamais d’actualité, destiné à l’ensemble des partenaires, intitulé : "Osons la prévention".

Sur le terrain, c’est souvent le service social scolaire qui est justement à l’origine du "décloisonnement des interventions". A l’interne, au sein de l’équipe éducative par exemple, nous contribuons à la mise en place d’équipe de suivi ou équipe relais. Grâce à ces dispositifs pluriprofessionnels les compétences de chacun se confrontent, s’affrontent aussi parfois avec le soucis permanent et délicat d’éviter la superposition des interventions et d’agir en complémentarité. Les résultats ne sont pas toujours à la hauteurs des efforts déployés mais au moins la cohérence des interventions s’en trouve nettement améliorée. Il s’agit d’un travail de partenariat ou plutôt de collaboration interne qui nécessite une connaissance fine de l’Institution scolaire et de chacun de ses membres. C’est d’ailleurs une des raisons pour lesquelles il nous semble que seul un service social spécialisé appartenant à l’Institution Education nationale est le mieux habilité à parvenir à assumer ce type de tâche. A l’externe, l’assistant social scolaire est un véritable relais et se pose en médiateur entre l’Institution scolaire et les partenaires sociaux ou éducatifs. L’axe majeur de notre travail c’est le partenariat !

Est ce du corporatisme quand le mouvement de lutte contre la décentralisation, au delà du secteur social, est désormais porté par l’ensemble des membres de la communauté scolaire même enseignants ? Le monde de l’éducation sait qu’on n’enseigne plus aujourd’hui comme il y a 20 ans, que ce sont l’ensemble des regards croisés qui peuvent garantir la mission de service public d’éducation.

Cette lutte contre la décentralisation s’inscrit davantage dans un contexte bien réel de crainte du renforcement des inégalités et de recentrage annoncé de l’Etat sur ses missions régaliennes :l’armée, la police et les prisons.

Loin de tout corporatisme, nous souhaitons au contraire que les convergences entre l’ensemble des travailleurs sociaux puissent se renforcer pour répondre aux attaques actuelles à notre encontre mais aussi à l’encontre des populations les plus fragilisées.

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