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Le SNUAS FP, un des syndicats de la Fédération Syndicale Unitaire
Défense du travail social
Le mardi 13 décembre 2005 par Le Bureau National
Echec scolaire et difficultés sociales, la double peine...

L’ échec scolaire pénalisé par Monsieur de Villepin !!!

Le SNUASFP-FSU s’indigne des mesures annoncées par le Premier Ministre lors de sa conférence de presse jeudi 1er décembre 2005, sur l’Education dans son nouveau programme pour la promotion de l’égalité des chances. Elles visent en premier lieu les familles les plus en difficultés qui en plus de subir la crise sociale au quotidien, vont devoir payer pour leurs enfants qui ne réussissent pas à l’école.

Echec scolaire et difficultés sociales, la double peine... la pression se fait plus forte sur les familles les plus en difficulté !!!

Ce ne sont plus seulement les parents d’élèves absentéistes qui seront sanctionnés, mais aussi ceux dont les enfants sont « en difficultés graves » à l’école au point qu’ils viendraient perturber la classe !!! Le premier ministre, d’une part ignore volontairement la complexité du mécanisme de l’échec scolaire décrit depuis tant d’années par tous les pédagogues, et d’autre part désigne les élèves en échec coupables de perturbations. En procédant volontairement à ces raccourcis et à ces amalgames dangereux, le chef du gouvernement se positionne un peu plus en avant dans une politique d’exclusion et de relégation.

Le gouvernement poursuit sa politique de répression du traitement social des difficultés des élèves et de leurs familles Monsieur De Villepin développe et renforce la cohérence des propositions contenues dans le rapport final de BENISTI sur la Prévention de la Délinquance, La loi Borloo de cohésion sociale, le projet de réforme sur la Protection de l’enfance, confirmant ainsi l’orientation sécuritaire de la politique de ce gouvernement.

L’enfant n’est plus considéré comme un être en devenir, qui se construit et qu’il faut protéger. On lui fait porter la responsabilité de son échec scolaire et de ses difficultés de la même manière que l’on considère les adultes comme individuellement responsable de leur propre situation.

Les bons élèves mériteraient l’école, les mauvais élèves, eux, ne doivent pas déranger le système sous peine de sanctions financières pour leurs parents

L’élève en échec scolaire est assimilé à un élève perturbateur et implicitement à un futur délinquant. Traiter l’échec scolaire revient alors à traiter de la lutte contre la délinquance. L’école n’a plus comme mission première la réussite de tous ni de remédier en son sein à l’échec scolaire, mais deviendrait un lieu de repérage de toutes les difficultés pour orienter les plus fragiles. Le gouvernement fait le choix d’une école élitiste qui doit se mériter. L’inadaptation scolaire pour certains et les difficultés sociales ne sont plus prises en comptes voire niées dans le parcours scolaire. Il revient aux parents la responsabilité de remédier sans détours à cette situation sous peines de sanctions. Englober les difficultés scolaires et les problèmes de comportement renforce une conception très sécuritaire de l’éducation et marque un renoncement à toute politique ambitieuse pour répondre aux difficultés des élèves.

Des mesures coercitives inacceptables

Parmi les mesures annoncées, sont créés des contrats de responsabilité parentale sur proposition des chefs d’établissements, des travailleurs sociaux du conseil général et des maires. Les parents seront tenus de conclure et de respecter ce contrat sous peines d’amendes, de mise sous tutelle des allocations familiales ou de suspension du versement de ces prestations. A l’obligation de signer ce contrat, s’ajoute l’obligation de résultats, en terme de reprise effective des cours par l’élève mais aussi de résultats scolaires. Le caractère coercitif de cette mesure oblitère d’emblée toutes les chances de réussite de ce contrat. Pour les familles qui cumulent déjà nombre de difficultés, elle les fragilise et les stigmatise encore plus, et pour les professionnels elle remet en cause le fondement même de leur travail qui pour réussir doit s’établir nécessairement sur des relations de confiance, et sur l’adhésion volontaire des propres intéressés. Nous rappelons au premier ministre que des mesures de contrats avec les familles existent déjà. Il s’agit des mesures d’assistance éducative (AEMO, ...), mises en place sous la responsabilité du Conseil Général dans le cadre de l’Aide Sociale à l’Enfance. Ces mesures éducatives destinées à aider les enfants et les parents en difficultés offrent un accompagnement et un soutien, et sont le résultat d’un travail de suivi, dans le cadre d’une relation de confiance pour obtenir l’adhésion du jeune et de sa famille.

Une conception stigmatisante de l’aide aux parents en difficultés particulièrement pour les familles non francophones.

En mettant l’accent sur la maîtrise de la langue française, le premier ministre désigne les familles d’origine étrangères comme premières responsables de l’échec scolaire de leurs enfants.

le service social scolaire : un partenaire incontournable ignoré

Le Conseil Général, qui a déjà beaucoup de mal à remplir ses missions de protection de l’enfance (suite aux nouvelles responsabilités dévolues après la décentralisation), se voit attribuer la gestion et la mise en oeuvre de ces « Contrats de Responsabilité Parentale. Les Présidents des Conseils Généraux devront choisir entre des mesures répressives ou des mesures de prévention et de protection que leur attribue la loi de 1989 sur la protection de l’Enfance. Une fois encore le service social scolaire et ses missions sont ignorés. Une des missions de ce service concerne entre autre la prévention de l’absentéisme scolaire. Les assistants sociaux scolaires qui sont au plus près des difficultés des élèves sont le plus souvent à l’initiative de la mise en place de mesures éducatives. Ils interviennent en amont sur les premiers signes de décrochage, d’absentéisme scolaire, souvent révélateur d’un véritable mal-être du jeune ou de difficultés sociales sérieuses. Ce sont eux qui les premiers engagent le dialogue avec les jeunes et font le lien avec leurs parents. Ce sont eux qui font de l’accompagnement et du traitement des difficultés sociales des élèves et de leurs familles. Aucune volonté politique ne se manifeste pour développer le service social scolaire et mettre en œuvre au sein des établissements scolaires et en lien avec l’environnement social tous les dispositifs nécessaires pour traiter des difficultés des jeunes. Pire, le plan Borloo prévoit au contraire d’externaliser le traitement social de ces situations par les équipes de Réussite Educatives qui elles auraient les moyens d’assurer un accompagnement individualisé. En amont les personnels de l’Education seraient uniquement chargés de repérer au sein de l’institution les élèves présentant des difficultés sociales. Pourquoi inventer un nouveau dispositif alors qu’il serait aussi simple de développer et de renforcer les équipes pluri disciplinaires complètes déjà existantes au sein des établissements !!!

L’Etat recule devant ses responsabilités et se désengage

A travers tous ces dispositifs le gouvernement n’a qu’une seule idée, se désengager de la dépense du service public d’Education, réduire le nombre de personnels et donner l’illusion que le traitement des difficultés des jeunes serait plus efficace à l’extérieur de l’Ecole.

Le mérite devient le seul critère valide pour bénéficier d’une aide. Aucun droit à l’erreur !!! Les élèves vivant dans les quartiers difficiles et vivant des situations de pauvreté devront pour être aidés, justifier de leur mérite. Certains doivent être plus méritant que d’autres ! SI d’un coté, l’excellence est prônée par la reconnaissance et la récompense au mérite (triplement des bourses au mérite, intégration dans des internats d’excellence...), par contre les difficultés, l’échec sont sanctionnés par un processus d’exclusion du système qui ose aller jusqu’à mettre en place comme alternative à l’école, une voie sans issue de secours : l’apprentissage dès 14 ans. Ce renoncement à aider de manière équitable les élèves et leurs familles les plus démunies met en péril le droit à la scolarité pour tous inscrit dans notre constitution.

En conclusion, nous dénonçons une fois encore l’absence totale d’ambition et de volonté véritable de ce gouvernement pour lutter efficacement contre l’échec scolaire et mettre en œuvre une politique sociale offrant des droits à toutes les familles et surtout à celles qui subissent la crise sociale et la généralisation des inégalités croissantes.

Déclaration du Bureau National du SNUASFP du 12 décembre 2005

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