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Le SNUAS FP, un des syndicats de la Fédération Syndicale Unitaire
Congrès national de la FSU, Perpignan, février 2004
Le lundi 2 février 2004 par ATLAN Danielle
Intervention du SNUAS-FP
par Danielle ATLAN

Ce congrès intervient dans un contexte de régression sociale sans précédent.

Une partie de plus en plus importante de la population est écartée, précarisée, et ce dans tous les domaines (le travail, le logement, l’accès aux soins et aussi de l’école).

Jusqu’à présent, il était convenu que la société était en partie responsable de cette exclusion et des dispositifs étaient mis en place pour accompagner les personnes en difficultés et permettre à un plus grand nombre de retrouver ou trouver une place dans la Société. L’Etat providence devait être abandonné dans les années 1970-1975, mais dès la fin des années 1990, un nouveau concept est apparu : La faute, la responsabilité du pauvre, de l’exclu de sa situation.

La Société ne peut appartenir qu’à ceux qui « acceptent » et ceux qui suivent les mutations de la société marchande.

De collectifs, les problèmes deviennent individuels et on voit émerger le concept d’inadaptation sociale. La Société n’a plus la charge d’insérer tout le monde mais bien de gérer et quadriller le nombre croissant des « sans », des exclus.

Le Gouvernement a fait le choix une fois pour toute de vivre avec cette population à la marge, en la stigmatisant, en la désignant comme responsable de tous les maux. Les citoyens ne sont plus capable d’être acteurs à part entière dans ce système.

Comment justifier autrement les réductions drastiques des budgets sociaux ? Logement, centre d’hébergement et réinsertion sociale, la disparition de services spécialisés comme le SSAE, la transformation de tous les dispositifs d’aide, CMU, aide médicale d’Etat, le recadrage du RMA etc…

Aujourd’hui, nous sommes dans un système d’exclusion qui laisse peu de chances dans le parcours social.

Le projet de « loi pour la prévention de la délinquance » participe d’un projet de casse du système d’Aide sociale. La répression remplace la prévention. Il stigmatise les populations les plus fragilisées déjà confrontées aux incidences des politiques « sociales » de ces vingt dernières années.

Aujourd’hui, on nous parle de prévention de la délinquance. Mais pour nous, il s’agit d’abord de réaffirmer qu’il existe une possibilité de travailler en amont. Cela se nomme le travail de prévention. Le travail social peut prévenir et accompagner sans pour autant juger et stigmatiser les populations.

Dans le projet de loi sur la prévention de la délinquance, l’objectif est d’assurer la paix sociale. L’objet de ce texte est de protéger la Société des gens « dits » délinquants, référencés comme potentiellement dangereux pour elle. Mais il n’est aucunement question d’aborder les problèmes rencontrés par les personnes dans leur vie quotidienne. Il s’agit bien d’individualiser les difficultés et d’instaurer un système de contrôle social avec comme outil, la délation.

Les travailleurs sociaux ne veulent, ne peuvent dans ce contexte, être instrumentalisés ni par les politiques ni par le Medef qui louche sur ce secteur qui pour lui, ne peut être exclu du champ de la marchandisation.

Le SNUASFP dénonce depuis de nombreuses années les tentatives de marginalisation des populations en difficultés. C’est pourquoi nous ne pouvons accepter les dérives sécuritaires imposées à nos métiers.

Le chapitre 5 de ce projet de loi institue la délation comme nouvel outil des intervenants sociaux sous peine de sanction : « Tout professionnel qui intervient au bénéfice d’une personne présentant des difficultés sociales, éducatives ou matérielles, est tenu d’en informer le maire de la commune de résidence ou la personne par lui désignée aux fins de le substituer ». Ce projet de loi remet en cause les fondements de l’éthique professionnelle des intervenants sociaux et les destitue du secret professionnel garant de la protection des personnes.

La conception du travail social que nous avons, est de faire reconnaître à tous les mêmes droits, défendre ceux que certains ont déjà beaucoup de mal à obtenir, mais aussi à obtenir des droits nouveaux pour tous. Cette société peut donner plus si elle en a la volonté politique.

Le SNUASFP s’est toujours situé dans le camp des droits, c’est pourquoi jamais nous n’accepterons de mettre en place de telles mesures de délation.

Jamais nous ne dénoncerons le délit de pauvreté. Toujours nous nous situerons au côté des usagers pour lutter contre les régressions sociales et revendiquer les droits.

Le SNUASFP prend toutes ses responsabilités en appelant à la résistance, à ne pas obéir à cette obligation de dénoncer.

Nous réaffirmons qu’il est indispensable de revendiquer l’éthique de nos professions.

Nous appelons l’ensemble des professionnels de l’Education nationale et des secteurs sociaux à lutter ensemble, à se mobiliser et à manifester notre détermination le 17 Mars 2004.

Ensemble construisons des réseaux de résistance face à la gravité de la situation. La seule riposte possible est la désobéissance civique.

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