Agression d’une enseignante dans le Var : prévenir plutôt que réagir, accompagner plutôt que stigmatiser

Le SNUASFP-FSU exprime sa profonde émotion et sa solidarité la plus sincère à la collègue enseignante agressée violemment mardi, ainsi qu’à l’ensemble de la communauté éducative et aux élèves du collège, durablement marqués par ce drame.

Face à une telle violence, l’émotion est immense, la sidération légitime. Mais l’émotion ne peut, ni ne doit, se substituer à une analyse dans toute sa complexité. Ce drame nous rappelle avec force une réalité que les professionnel·les du travail social, de la protection de l’enfance et de l’éducation dénoncent depuis des années : l’abandon progressif des politiques de prévention et de prise en charge des enfants et des familles en grande difficulté.

Les situations de grande souffrance sociale, psychique et familiale ne surgissent pas brutalement. Elles s’inscrivent dans des parcours faits de ruptures, de fragilités non repérées ou insuffisamment accompagnées, de dispositifs saturés, de professionnel.les épuisé.es et trop souvent isolé.es. C’est tout un système qui est remis en cause lors d’un tel passage à l’acte. 

Le SNUASFP FSU relaye depuis de nombreuses années la nécessité absolue de replacer la prévention au cœur des politiques publiques.

Chaque drame rappelle le coût humain de l’abandon des politiques de prévention.

Prévenir, c’est investir durablement dans le soutien à la parentalité, l’accompagnement social et éducatif, la protection de l’enfance, le soin. C’est donner aux équipes les moyens d’agir en amont : repérer, accompagner, contenir avant que l’irréparable ne survienne.

La sécurité ne se décrète pas par des dispositifs de surveillance, elle se construit par la prévention et la présence humaine.

À l’inverse, les discours exclusivement sécuritaires, qui ressurgissent immanquablement après chaque drame, n’apportent aucune réponse réelle. Ils se multiplient depuis hier. Renforcer les contrôles, multiplier les dispositifs de surveillance ou désigner des boucs émissaires ne traite en rien les causes profondes de tels passages à l’acte. Pire, ces logiques contribuent à installer un climat de peur, à fragiliser encore davantage les liens éducatifs et à détourner l’attention des véritables leviers d’action : la prévention, l’accompagnement humain, le temps long du travail éducatif et social.

La sécurité se construit par la confiance, la présence, la coopération entre les institutions, et par la reconnaissance du travail des professionnel·les de l’éducation, du social et de la santé, aujourd’hui en grande souffrance faute de moyens et de considération.

Intervenir au plus près des enfants, des adolescent·es et des familles permet de mettre des mots là où s’expriment parfois la colère, le désespoir ou la violence. Accueillir, écouter et accompagner constitue un levier essentiel de prévention, là où les réponses répressives arrivent toujours trop tard.

Réduire ces drames à une question de santé mentale, c’est effacer leurs causes sociales et politiques. Les choix politiques des dernières années, marqués par l’affaiblissement des politiques publiques à destination de la jeunesse et des familles, doivent faire pleinement partie du débat. Prendre le parti du tout sécuritaire, c’est admettre qu’il n’est pas possible de prévenir les passages à l’acte ; traiter ces drames uniquement sous l’angle thérapeutique, c’est renvoyer ces situations à une responsabilité individuelle, en omettant de s’attaquer aux causes structurelles et sociales.

Le SNUASFP FSU réaffirme la nécessité urgente d’un changement de cap : investir massivement dans la prévention, renforcer les moyens de l’ensemble des acteurs en lien avec l’enfance et la famille à commencer par ceux des équipes pluriprofessionnelles au sein des écoles et établissements scolaire, garantir des prises en charge rapides et coordonnées des enfants et des familles en difficulté, et soutenir sans réserve les personnels confrontés à des situations de plus en plus complexes. 

Prévenir, accompagner et protéger suppose un choix politique clair : celui d’investir dans l’humain plutôt que dans la stigmatisation et la peur. C’est à cette condition seulement que nous pourrons espérer éviter de nouveaux drames et construire une société réellement protectrice pour toutes et tous.

Le SNUASFP FSU restera pleinement mobilisé aux côtés de la communauté éducative et de l’ensemble des professionnel·les engagés au quotidien auprès des enfants et des familles et appelle à un plan d’urgence permettant de répondre aux besoins immenses.