Multilatérale DGESCO du 10 février : un dialogue social sous tension, des enjeux majeurs pour les personnels et les élèves

Une multilatérale s’est tenue mardi 10 février à la DGESCO dans le cadre du suivi des assises de la santé scolaire. Le format retenu prévoit une série de réunions distinctes avec les organisations syndicales pour chaque corps de métier concerné : personnels sociaux, infirmier·es, médecins scolaires et PsyEN.

Pour ce qui concerne le service social, l’ordre du jour était particulièrement dense : instruction dite « coupe-file » relative à la prise en charge des élèves en situation de souffrance psychique, protocole santé mentale, texte sur les pôles, enquête sociale. Initialement annoncée pour deux heures, la réunion a finalement été réduite à 1h30 en raison de contraintes d’agenda de dernière minute côté administration, illustrant une nouvelle fois la dégradation préoccupante des conditions du dialogue social.

Dès l’ouverture, la DGESCO a indiqué que l’ensemble des points ne pourrait être traité, proposant de concentrer les échanges sur l’instruction « coupe-file » et le protocole santé mentale. Elle a également annoncé une accélération du calendrier concernant la protection de l’enfance, à la suite d’une réunion interministérielle tenue le jour même.

Le SNUASFP FSU est intervenu en propos liminaire pour alerter sur la méthode de travail retenue. Nous avons notamment pointé la situation de l’enquête sociale, inscrite à l’ordre du jour alors même que ses modalités ont déjà été transmises dans les académies depuis janvier, alors qu’un temps de bilan avait été acté pour cette année. Cette manière de procéder interroge profondément la réalité de la concertation et la place accordée aux représentant·es des personnels dans la construction des politiques publiques.

Nous avons également interrogé la DGESCO sur l’état d’avancement de la ventilation des 100 postes annoncés pour la rentrée 2026, sans obtenir à ce stade de réponse précise, si ce n’est l’assurance d’une information ultérieure.

Plus largement, le SNUASFP FSU a alerté sur la multiplication des dispositifs, qui tend à fragmenter les prises en charge, à complexifier les organisations de travail et à diluer les responsabilités, au risque de perdre de vue les enjeux globaux de l’accompagnement des élèves.

Nous avons enfin insisté sur la question particulièrement sensible de la protection de l’enfance, en alertant sur les dérives observées dans plusieurs académies : inflation d’écrits visant avant tout à protéger l’institution, contournement des protocoles existants, et ingérences hiérarchiques avec des exigences de transmission directe aux DASEN. Ces pratiques portent atteinte au cadre déontologique, à la confidentialité et, in fine, à l’intérêt de l’enfant.

Sur l’enquête sociale, la DGESCO a indiqué qu’un temps de bilan avec les organisations syndicales est bien prévu au printemps 2026. Il est également acté que l’outil pourra faire l’objet d’ajustements à la marge pour l’année 2025-2026 et surtout d’une stabilisation pour 2026-2027, avec un objectif de transmission aux académies dès la rentrée. Le SNUASFP FSU veillera étroitement à ce que ce bilan permette de véritables corrections, tant sur le fond que sur les usages.

Les échanges ont ensuite porté sur l’instruction dite « coupe-file », destinée à fluidifier l’accès aux soins pour les élèves en situation de souffrance psychique. Le SNUASFP FSU a fermement contesté la disposition prévoyant un signalement systématique en protection de l’enfance dès lors que les parents refuseraient de s’engager dans la démarche de soins proposée.

Nous avons rappelé un principe essentiel : soit la situation relève d’un risque immédiat de passage à l’acte, auquel cas les protocoles d’urgence s’imposent et c’est bien le 15 qui doit être mobilisé ; soit il ne s’agit pas d’une urgence vitale, et la question centrale devient celle de l’accompagnement progressif des familles vers une démarche de soins consentie, dans le respect des temporalités, des résistances et des réalités sociales.

Les remontées de terrain montrent d’ailleurs que la difficulté principale n’est pas le refus des familles, mais bien l’absence de réponses adaptées dans des délais compatibles avec les besoins : listes d’attente interminables, pénurie de structures, saturation des dispositifs. En tentant d’illustrer sa position, la DGESCO a elle-même confirmé cette réalité, en évoquant des situations où le soin n’avait pu se mettre en place faute de places disponibles.

Le SNUASFP FSU a mis en garde contre une logique d’automatisation du signalement, qui ferait peser plusieurs risques majeurs : fragilisation du lien école-famille, judiciarisation excessive des situations, embolisation des parquets, et perte de lisibilité des priorités de protectionSi le signalement peut, dans certains cas, constituer un ultime recours, il ne saurait devenir une réponse standardisée à des difficultés relevant avant tout de carences structurelles du système de soins.

Faute de temps, la réunion s’est conclue sur cet échange dense, laissant de nombreux points en suspens. Une nouvelle multilatérale est programmée après les congés, et le SNUASFP FSU a parallèlement demandé l’ouverture rapide d’une bilatérale afin de pouvoir approfondir ces sujets essentiels.

Dans un contexte marqué par l’augmentation des souffrances psychiques des élèves, la pénurie dramatique de moyens à tous les niveaux et la surcharge chronique des personnels, le SNUASFP FSU continuera à porter une ligne claire : refuser les réponses simplistes, dénoncer les logiques de gestion des risques au détriment de l’accompagnement éducatif et social, et exiger des politiques publiques à la hauteur des enjeux humains, sociaux et éducatifs.