PLF 2027 : derrière les annonces, des moyens toujours insuffisants. Alors que le ministère reconnaît le poids des inégalités sociales et la nécessité de mieux protéger les élèves, les choix budgétaires restent loin des besoins. Suppressions de postes enseignants, créations insuffisantes pour les personnels sociaux et de santé, absence de véritable service social dans le premier degré : pour le SNUASFP FSU, il est temps de passer des intentions aux actes. Dès 2027, il faut changer d’échelle !
Le projet de loi de finances pour 2027 pourrait donner l’impression d’un budget de l’Éducation nationale préservé. Les crédits progressent et le Gouvernement met en avant des créations de postes dans plusieurs catégories de personnels.
Mais derrière les chiffres globaux, l’analyse détaillée des projets annuels de performances (PAP) raconte une autre histoire : celle d’une École à laquelle on demande toujours davantage de protéger, prévenir, accompagner et réduire les inégalités, sans lui donner les moyens humains nécessaires pour le faire.
Le diagnostic est donc bien là mais ce sont les actes et à travers eux les moyens qui ne suivent pas.
Le paradoxe est d’autant plus saisissant que le ministère pose lui-même une partie du diagnostic. Le PLF reconnaît que les inégalités sociales et territoriales continuent de peser sur les parcours scolaires. Il affirme vouloir renforcer la protection des élèves, leur santé et leur bien-être et réduire les inégalités. Dans le programme « Vie de l’élève », il rappelle même que l’enfant et l’adolescent doivent être considérés dans leur globalité et que cela oblige l’École à traiter les questions sociales en son sein.
Le diagnostic est donc bien là mais ce sont les actes et à travers eux les moyens qui ne suivent pas.
Des suppressions de postes dans les classes au moment où les lycéens réclament des moyens
L’examen des différents documents budgétaires (PAP) permet d’abord de dépasser l’affichage d’un solde global positif en emplois.
Dans le premier degré public, 414 emplois d’enseignants sont supprimés. Dans le second degré, ce sont 836 emplois supplémentaires, soit 1 250 emplois enseignants en moins dans le public. Le solde global devient néanmoins positif, essentiellement sous l’effet de la réforme de la formation initiale et de l’augmentation du nombre d’enseignants stagiaires.
Le ministère assume par ailleurs explicitement de transformer une partie de la baisse démographique en suppressions d’emplois : sans les différentes compensations prévues, celle-ci conduirait à elle seule à la suppression de 1 898 ETP dans le premier degré et de 1 138 dans le second.
Ces choix prennent une résonance particulière au moment où les lycéennes et les lycéens se mobilisent pour dénoncer leurs conditions d’études : manque de personnels, absences non remplacées, classes surchargées, emplois du temps dégradés ou locaux inadaptés.
Cette jeunesse ne nous parle pas seulement de son « mal-être ». Elle parle de son quotidien, de ses conditions de vie et d’études, des inégalités qu’elle rencontre et de son avenir. Elle doit être entendue.
200 postes pour les infirmières et assistantes sociales : l’inflexion ne suffit plus
Le PLF prévoit la création de 200 postes de personnels infirmiers et d’assistants de service social à la rentrée 2027. Leur répartition entre les deux professions n’est cependant pas précisée.
Les créations obtenues en 2026 avaient constitué une première étape à mettre au crédit de la mobilisation de l’ensemble de la profession impulsée notamment par le SNUASFP FSU : 100 postes supplémentaires avaient été attribués au service social en faveur des élèves. Après des années sans créations à la hauteur des besoins, cette première inflexion était importante et venait reconnaître la légitimité des revendications portées et des mobilisations engagées par les personnels.
En 2026, nous pouvions saluer le début d’une inflexion obtenue par la mobilisation. En 2027, cette inflexion ne suffit plus. Il faut aller plus loin et beaucoup plus vite.
Une deuxième année de créations confirme aujourd’hui que le besoin de renforcer les personnels sociaux et de santé ne peut plus être nié. Mais 200 postes, quelle que soit la ventilation finalement retenue entre personnels infirmiers et assistants de service social, c’est trop peu. Trop peu au regard des besoins accumulés, trop peu au regard des missions confiées à ces personnels et trop peu au regard des ambitions affichées par le ministère en matière de protection de l’enfance, de réduction des inégalités, de santé et de bien-être des élèves.
Pour le service social, après les 100 créations obtenues en 2026, le temps n’est plus à une nouvelle inflexion à petits pas : il faut désormais changer d’échelle. Reconduire chaque année quelques dizaines ou une centaine de postes supplémentaires permettrait certes d’améliorer ponctuellement certaines situations, mais laisserait durablement des centaines d’établissements sans présence régulière du SSFE et repousserait à un horizon lointain la construction d’un véritable service social dans le premier degré.
Il y a donc un décalage entre l’ambition politique affichée et les moyens budgétaires engagés pour la concrétiser. Si la protection de l’enfance et la lutte contre les inégalités constituent réellement des priorités, elles nécessitent désormais un investissement humain d’une tout autre ampleur.
Le ministère reconnaît lui-même dans son document budgétaire que les personnels sociaux interviennent sur des secteurs comprenant « un ou plusieurs établissements du second degré ». Plus révélateur encore, il écrit que « les établissements ne bénéficiant pas de la présence régulière d’un assistant de service social peuvent trouver un conseil et une expertise ponctuels auprès du SSFE ».
Cette phrase dit à elle seule la réalité du service social scolaire aujourd’hui. En 2027, le ministère considère donc encore que, dans les établissements ne bénéficiant pas d’une présence régulière du SSFE, un conseil ou une expertise ponctuels peuvent constituer une réponse acceptable.
Pour le SNUASFP FSU, ils ne le sont pas.
On ne protège pas les enfants ponctuellement. On ne prévient pas le décrochage ponctuellement. On ne construit pas une relation de confiance avec les élèves, les familles et les équipes éducatives ponctuellement. L’expertise du service social ne peut se réduire à une ressource que l’on sollicite à distance lorsque la situation est déjà devenue suffisamment préoccupante.
On ne protège pas les enfants ponctuellement. On ne prévient pas le décrochage ponctuellement. On ne construit pas une relation de confiance avec les élèves, les familles et les équipes éducatives ponctuellement.
Cette conception est d’autant plus intenable que le même document confirme les missions dévolues au SSFE : la prévention de l’échec scolaire, de l’absentéisme et du décrochage, la protection de l’enfance, la prévention des violences et du harcèlement, l’accès aux droits, l’inclusion des élèves en situation de handicap, le soutien à la parentalité ou encore le renforcement du lien entre l’École et les familles.
Poursuivre au rythme d’une centaine de créations annuelles reviendrait à organiser le rattrapage sur des décennies et à maintenir durablement des établissements sans présence régulière du service social.
En 2026, nous pouvions saluer le début d’une inflexion obtenue par la mobilisation. En 2027, cette inflexion ne suffit plus. Il faut aller plus loin et beaucoup plus vite.
Les discours faisant de la protection des élèves, de la réduction des inégalités et de leur bien-être des priorités doivent désormais se traduire par une réelle ambition politique et budgétaire.
Le SNUASFP FSU demande que la répartition des 200 créations entre personnels infirmiers et assistants de service social soit immédiatement précisée. Mais nous demandons surtout que le PLF 2027 aille dès maintenant au-delà de ces 200 postes et amplifie significativement les créations d’emplois en faveur du service social.
Cette première accélération doit s’inscrire dans un plan pluriannuel massif de créations de postes, avec des objectifs et un calendrier clairement établis, permettant de garantir rapidement une présence renforcée du SSFE dans le second degré et d’engager enfin la construction d’un véritable service social dans le premier degré.
Changer d’échelle ne peut pas être une promesse pour demain : cela doit commencer dès le budget 2027.
Premier degré : le ministère reconnaît lui-même qu’il faut intervenir « au plus tôt »
Le PAP reconnaît explicitement la nécessité d’une intervention sociale dès le premier degré.
Il indique qu’en REP+, celle-ci doit permettre de favoriser « au plus tôt la prévention et le repérage des difficultés, notamment sociales et familiales, susceptibles d’entraver les apprentissages des élèves » et de faciliter, si nécessaire, l’intervention précoce des services spécialisés.
Les difficultés sociales et familiales n’attendent ni l’entrée en sixième ni un classement administratif pour avoir des conséquences sur la scolarité d’un enfant.
Pour le SNUASFP FSU, le constat posé par le ministère doit conduire à aller au bout du raisonnement : si intervenir « au plus tôt » est nécessaire, l’accès au service social ne peut commencer au collège ni dépendre du classement de l’école en REP+.
Les difficultés sociales et familiales n’attendent ni l’entrée en sixième ni un classement administratif pour avoir des conséquences sur la scolarité d’un enfant.
Le SNUASFP FSU revendique donc la construction d’un véritable service social en faveur des élèves dans le premier degré. Cela suppose, là encore, de changer d’échelle dans les créations de postes.
Santé mentale : ne pas médicaliser les conséquences des difficultés sociales
Le PLF 2027 confirme parallèlement la place prise par la santé mentale dans les politiques éducatives. Sur les douze mesures issues des Assises de la santé scolaire, neuf concernent la santé mentale : protocoles dans les établissements, personnels « repères », formations, création de pôles départementaux Santé-psycho-social sous l’autorité des DASEN ou encore nomination de psychologues conseillers techniques en santé mentale.
La santé mentale des enfants et des adolescents est évidemment un enjeu majeur. Mais la réponse apportée interroge lorsqu’on la met en regard du diagnostic social dressé par le ministère lui-même.
La précarité, le mal-logement, les violences, les discriminations, les difficultés d’accès aux droits, l’incertitude sur l’avenir ou des conditions dégradées de scolarisation ne sont pas des pathologies.
Le PAP reconnaît que les difficultés sociales et familiales peuvent entraver les apprentissages et que les inégalités sociales continuent de peser sur les parcours. Pourtant, lorsqu’il s’agit de construire de nouvelles réponses, la priorité est très largement donnée au repérage du mal-être, à son orientation et au soin.
La précarité, le mal-logement, les violences, les discriminations, les difficultés d’accès aux droits, l’incertitude sur l’avenir ou des conditions dégradées de scolarisation ne sont pas des pathologies.
Les mobilisations lycéennes actuelles viennent d’ailleurs nous le rappeler. Loin de l’image d’une jeunesse qui serait uniquement en souffrance et qu’il faudrait dépister, évaluer ou prendre en charge, les lycéennes et lycéens montrent qu’ils sont capables d’identifier les difficultés qu’ils rencontrent, d’en analyser les causes et d’exprimer des revendications sur leur avenir.
Le travail social a précisément pour fonction de remettre les difficultés individuelles dans leur environnement familial, social, économique et institutionnel. Cette expertise doit être renforcée et non diluée dans une approche essentiellement centrée sur la santé mentale.
Fonds sociaux : le gel constitue une baisse réelle
Les fonds sociaux sont maintenus à 37,7 millions d’euros. Le PAP rappelle pourtant qu’ils permettent d’aider les familles rencontrant des difficultés pour financer notamment la restauration scolaire, les transports, les sorties, certains soins, les fournitures ou les matériels nécessaires à la scolarité. 33619
Dans un contexte d’inflation, ce gel nominal constitue mécaniquement une diminution de leur capacité réelle d’intervention.
C’est pourtant précisément lorsque le coût de l’alimentation, des transports, des fournitures ou des activités scolaires augmente que les familles les plus fragiles ont davantage besoin de ces aides.
Afficher la réduction des inégalités sociales comme une priorité tout en laissant s’éroder en euros constants les moyens permettant d’y répondre constitue une contradiction majeure de ce budget alors même que les remontées dont dispose le SNUASFP FSU font état d’un budget déjà insuffisant.
Des postes supplémentaires, des missions supplémentaires… mais pas davantage de moyens pour se déplacer
La même logique se retrouve dans les conditions d’exercice des assistants et assistantes de service social.
Le PAP reconnaît qu’ils interviennent sur des secteurs géographiques comprenant plusieurs établissements et prévoit 1 304 996 euros pour financer leurs frais de déplacement.
Pourtant, alors que de nouveaux postes sont créés et que les sollicitations augmentent, notamment avec la mise en œuvre des questionnaires VSS dans le premier comme dans le second degré, l’enveloppe consacrée aux déplacements des AS n’augmente pas.
La conséquence est simple : davantage de personnels et davantage de déplacements potentiels pour une enveloppe identique, c’est mécaniquement moins de moyens disponibles par agent·e. À cela s’ajoutent l’inflation et l’augmentation du coût réel des déplacements.
Le contraste avec d’autres dépenses du ministère est particulièrement révélateur. Dans le programme 214, le ministère prévoit pour certaines missions une augmentation du coût moyen prévisionnel des déplacements fondée explicitement sur une hypothèse d’inflation de +1,5 %.
Autrement dit, le ministère sait que se déplacer coûte plus cher et sait en tenir compte dans son budget.
Pourquoi ce raisonnement cesse-t-il de s’appliquer lorsqu’il s’agit des assistants et assistantes de service social ? Faudrait-il considérer que leurs déplacements échappent à l’inflation ou que leurs conditions d’exercice méritent moins d’être prises en compte ?
Pour le SNUASFP FSU, le calcul est pourtant évident : plus de postes, plus de missions et des coûts qui augmentent nécessitent plus de crédits.
Créer des postes sans financer correctement les conditions dans lesquelles les personnels exerceront leurs missions, c’est limiter immédiatement la portée de ces créations et c’est une forme de mépris inacceptable pour les personnels sociaux.
Et pour les personnels ? Un « accompagnement social » sans service social
L’analyse de l’ensemble des PAP fait enfin apparaître un autre angle mort : celui du service social en faveur des personnels.
Le programme 214 annonce vouloir développer les actions en matière « d’accompagnement social et de santé et sécurité au travail». Pourtant, lorsqu’il présente les réponses envisagées, il met en avant le recours aux psychologues du travail, notamment dans le cadre des risques psychosociaux, et le renforcement de la médecine de prévention.
Annoncer le développement de « l’accompagnement social » sans renforcer ni même identifier le service social des personnels constitue un angle mort supplémentaire de ce budget.
Le service social des personnels n’est même pas identifié en tant que tel dans le PAP et aucune création de postes d’assistants de service social des personnels n’apparaît.
Il ne s’agit évidemment pas d’opposer les professions. Mais les difficultés rencontrées par les agents ne relèvent pas uniquement de réponses médicales ou psychologiques. Maladie, handicap, difficultés financières, logement, ruptures familiales ou professionnelles, accès aux droits : leurs conséquences sont aussi sociales.
Pour le SNUASFP FSU, annoncer le développement de « l’accompagnement social » sans renforcer ni même identifier le service social des personnels constitue un angle mort supplémentaire de ce budget.
Le social ne peut plus être la variable oubliée de la politique éducative
Le ministère reconnaît que les inégalités sociales pèsent sur les parcours scolaires. Il affirme que l’École doit traiter les questions sociales. Il reconnaît l’expertise du service social et lui confie la protection de l’enfance, la prévention du décrochage, l’accompagnement des familles, la lutte contre les violences et le harcèlement. Il reconnaît l’intérêt d’intervenir « au plus tôt » dès le premier degré. Il reconnaît même que tous les établissements ne disposent pas aujourd’hui d’une présence régulière d’assistant de service social.
Mais il n’en tire toujours pas les conséquences budgétaires.
Les mobilisations lycéennes actuelles devraient pourtant nous obliger à entendre ce que la jeunesse nous dit. Les débats autour des questionnaires VSS devraient également nous rappeler une évidence : protéger les enfants ne consiste pas seulement à multiplier les dispositifs destinés à recueillir leur parole. Cela suppose d’avoir des professionnels qualifiés, disponibles et présents pour les écouter, les accompagner et agir.
Changer d’échelle ne peut pas être une promesse pour demain : cela doit commencer dès le budget 2027.
Après des années d’immobilisme, 2026 a marqué une première inflexion obtenue par la mobilisation. En 2027, cette inflexion ne suffit plus.
Le SNUASFP FSU revendique désormais un changement d’échelle : aller plus loin dans les créations de postes dès 2027 et la mise en œuvre d’un plan pluriannuel massif de créations de postes d’assistantes et assistants de service social afin de permettre le développement d’un véritable service social dans le premier degré, une présence renforcée dans tous les établissements du second degré, des moyens de fonctionnement à la hauteur des missions et la reconnaissance salariale de personnels auxquels l’institution confie toujours davantage de responsabilités.
Car oui, le SNUASFP FSU l’affirme avec force : on ne réduit pas les inégalités sociales ponctuellement, on ne protège pas les enfants ponctuellement et surtout on ne construit pas une relation de confiance ponctuellement.
La période le démontre cruellement : il y a urgence à faire preuve d’une toute autre ambition.