Guide de survie : L’Entretien Professionnel (EP)

L’EP n’est pas une simple discussion entre collègues ; c’est un acte administratif régi par le décret n° 2010-888. Si l’institution le présente comme un outil de “valorisation”, le SNUASFP FSU rappelle qu’il s’agit d’un levier de management individuel qu’il faut savoir investir sans s’y perdre.

Les objectifs de l’EP : entre affichage et réalité

Le décret fixe quatre grands thèmes à l’entretien. Voici comment les lire avec nos lunettes de terrain :

1. Les résultats professionnels au regard des objectifs (ou « L’illusion de la performance »)

  • L’objectif affiché : Mesurer votre efficacité sur l’année écoulée.
  • Le décodage syndical : Dans nos métiers de l’humain passés sous le prisme de l’administration, l’objectif est souvent vu par le prisme quantitatif (nombre d’entretiens, capacité à répondre rapidement aux injonctions de personnel de direction ou DRH…). Or, l’accompagnement social ne se “mesure” pas à la règle. Évaluer un agent sur des chiffres, c’est nier l’essence même du travail social. C’est la mise en place d’une culture du résultat là où il faudrait une culture de l’accueil.

2. La manière de servir (ou « L’art de l’obéissance »)

  • L’objectif affiché : Évaluer votre comportement, votre ponctualité et votre relation au public.
  • Le décodage syndical : “Manière de servir”… une formule qui peut sembler datée. Derrière cette rubrique se joue souvent l’évaluation implicite de la capacité à “s’adapter” aux attentes institutionnelles. Si vous dénoncez le manque de moyens, on vous reprochera parfois votre “manque d’agilité”. Pourtant, notre responsabilité première reste le service du public et l’intérêt général.

3. Les acquis de l’expérience professionnelle (ou « L’expertise invisible »)

  • L’objectif affiché : Faire le point sur ce que vous avez appris.
  • Le décodage syndicale : C’est ici qu’apparaissent souvent des notions issues du vocabulaire managérial (“soft skills”, “résilience”, “adaptabilité”), parfois au détriment de la reconnaissance pleine et entière de notre expertise professionnelle et statutaire. On cherche à fragmenter nos compétences en “petites briques” interchangeables. Pourtant, notre Diplôme d’État (DEASS) est le seul socle de notre légitimité. Nous n’avons pas besoin d’un entretien pour savoir que nous sommes experts de notre professionnalité.

4. Les besoins de formation (ou « La carotte et le bâton »)

  • L’objectif affiché : Accompagner votre évolution de carrière.
  • Le décodage syndical : Souvent utilisé pour dire “vous manquez de maîtrise sur tel logiciel”, c’est pourtant le seul endroit où vous pouvez exiger des moyens pour progresser. Ne laissez pas l’institution transformer votre soif d’apprendre en aveu de lacunes.

L’avis du SNUASFP FSU : La méritocratie est un piège

Il serait naïf de penser que l’entretien professionnel est totalement neutre dans un contexte où se développent les logiques d’individualisation des carrières et des rémunérations.
À travers les primes, les avancements ou la valorisation des “performances” individuelles, le risque est aussi de fragiliser les collectifs de travail et de mettre les agents en concurrence les uns avec les autres.

Le SNUASFP FSU défend au contraire une autre logique : la reconnaissance collective des métiers, l’amélioration des conditions de travail et des moyens pour l’ensemble des personnels.

La démarche de recours : Reprendre le pouvoir

Si l’entretien dérape ou si le compte-rendu est teinté d’une subjectivité injuste, la réglementation vous protège. Voici la marche à suivre :

  1. Le “Droit de réponse” (Observations) : Le compte-rendu n’est pas la parole divine. Utilisez la case “Observations” pour rétablir la vérité des faits. Évitez l’affect, restez sur le terrain des missions et des moyens. C’est le document de base pour tout litige futur.
  2. Le Recours Hiérarchique : Vous avez 15 jours francs après la notification du compte-rendu de l’entretien professionnel (CREP) pour écrire au Recteur ou au DASEN pour contester tout ou partie de ce CREP. 
  3. La Saisine de la CAPA (Commission Administrative Paritaire Académique) : C’est notre terrain. En cas de refus du recours hiérarchique, demandez l’avis de la CAPA. Vos élu.e.s SNUASFP FSU y siègent pour porter votre voix face à l’administration et exiger la révision de votre évaluation.
  4. Le Recours Contentieux : Pour les cas de harcèlement ou d’injustice manifeste, le Tribunal Administratif peut être saisi dans les deux mois. C’est long, mais c’est un rappel que l’administration n’est pas au-dessus des lois.

Bien entendu, la majorité des entretiens professionnels peuvent (et doivent) constituer de véritables espaces d’échange et de reconnaissance du travail accompli. Mais cela suppose du temps, de la confiance et une approche respectueuse des réalités professionnelles.

Conclusion : Un entretien réussi est un entretien où vous restez maître de votre récit professionnel et qui représente un réel moment ouvert de bilan et de projection à l’abri de toute tentative d’instrumentalisation. Ne laissez pas l’entretien réduire la réalité de votre travail à quelques cases ou indicateurs. En cas de doute, contactez votre section académique : le collectif est votre meilleure protection contre l’isolement de l’évaluation individuelle.

L’entretien professionnel est une affaire sérieuse. Ce qui n’empêche pas de garder un peu d’humour de survie.